L’Ambition de la Monnaie Unique des Pays de l’AES(Mali, Burkina Faso, Niger)

Après la sortie salvatrice et « avec effet immédiat » de la CEDEAO, une communauté qui est télécommandée et qui a toujours agit en dehors des textes qui la régissent, pour faire plaisir à la France, l’étape suivante sera, à n’en point douter, le cheminement vers une Nouvelle Souveraineté Monétaire. Dans le panorama complexe et en constante évolution de la géopolitique ouest-africaine, l’émergence de l’idée d’une monnaie unique par l’Alliance des États du Sahel (AES) – Burkina Faso, Mali et Niger – marque un tournant potentiellement historique. Cette initiative, loin d’être un simple ajustement économique, représente une quête profonde de souveraineté monétaire et un pas audacieux vers une intégration régionale renforcée.

À l’heure où les débats sur la décolonisation économique et l’autonomie financière gagnent en intensité, l’introduction d’une monnaie commune par ces États du Sahel soulève des questions cruciales sur l’indépendance économique dans le contexte postcolonial. Historiquement liés par le Franc CFA, un héritage du colonialisme français, ces pays semblent désormais résolus à forger leur propre chemin dans le domaine monétaire, défiant ainsi les vestiges d’une époque révolue. Cet article se propose d’explorer les motivations profondes derrière cette initiative audacieuse, de discerner les défis intrinsèques à sa réalisation et de projeter les implications potentielles d’une telle démarche pour l’avenir économique et politique de la région du Sahel. En offrant une analyse détaillée et nuancée, nous plongerons au cœur de cette transition monétaire, révélatrice des dynamiques sous-jacentes qui façonnent l’avenir de l’Afrique de l’Ouest.

Revoyons le contexte historique de ce Franc CFA :

La genèse du Franc CFA trouve ses racines dans les méandres de l’histoire coloniale, une période où la mainmise de la France sur ses colonies africaines s’exerçait aussi à travers le prisme économique. Institué en 1945, le Franc CFA (Franc des Colonies Françaises d’Afrique) incarnait cette réalité, établissant un lien monétaire indélébile entre la France et ses anciennes colonies.

Lorsque nos Etats ont « reçu » leurs indépendances en 1960, ces dernières faites de camouflages et de faux-semblants, ils n’ont pas du tout mis en place les éléments fondamentaux pour réfléchir de manière prospective sur ce que nous ferons, où nous allons et de quoi nous avons besoin pour le développement de nos Etats.

C’est une indépendance vidée de son contenu réel, elle est de façade, Paris ayant gardé la maitrise du secteur stratégique des finances et de l’économie en mettant au point un « arsenal » de conditions à cet effet. Ainsi, contre cette indépendance politique officielle, nous étions obligés de confier à l’Etat français notre politique monétaire, entre autres… avec les résultats que nous subissons à présent.

Toutes choses ayant sapé nos Etats de l’intérieur et au plus profond de leurs fondements, ne laissant aucune parcelle d’autonomie si ce n’est une autonomie de façade. Comme le résume les propos du Premier Ministre français de l’époque, Michel Debré, « On donne l’indépendance à condition que l’Etat, une fois indépendant, s’engage à respecter les accords de « coopération », l’un ne va pas sans l’autre ! »

Le piège a été de nous contenter des structures coloniales existantes notamment le Franc CFA, même si ces structures coloniales ne répondaient pas à nos réalités, de signer des accords avec une totale confiance à ceux-là mêmes qui nous maltraitaient dans un passé pas très lointain. Le terrain avait été miné et aucune indépendance, voire aucun développement, ne serait possible sans une prise de conscience effective et de ruptures.

Naissance et Évolution du Franc CFA :

Créé à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, le Franc CFA, copie conforme de la monnaie que les Nazis avaient imposé à la France occupée, représentait alors un pilier de la politique monétaire française en Afrique, cimentant un lien économique qui perdurerait bien au-delà des indépendances. La France, ce faisant, se permettra d’Intervenir, de manière cavalière, dans la gouvernance de ses anciennes colonies afin de favoriser ses entreprises et d’étouffer dans l’œuf les entreprises locales. Tout est mis en place pour que nos Etats ne disposent pas des moyens leur permettant de planifier un développement serein.

Malgré l’accès à l’indépendance politique, le maintien du Franc CFA symbolisait une continuité des relations économiques asymétriques, perpétuant une forme de dépendance économique vis-à-vis de l’ancienne métropole. Un processus, sournois, de contrôle et d’asservissement des nouveaux états indépendants a été entamé avec l’imposition de cette monnaie coloniale. S’en sont suivies, des décennies de négligences financières et économiques, de laisser-aller au profit de l’ancien colon, de nullités diverses et de concussions en tous genres.

La centralisation des réserves de change et la fixation du taux de change par rapport à l’euro (auparavant le franc français) traduisent une perte de contrôle sur les politiques monétaires nationales. La France, avec cette monnaie, contrôlait tout le système et parvenait même à imposer ses choix à tous les niveaux de décisions des Etats francophones, les maintenant encore sous domination de fait. Les détracteurs du Franc CFA pointent du doigt son rôle dans la stagnation économique et l’absence d’une véritable autonomie financière des États utilisateurs mais surtout une ingérence inique de la France dans la marche de ces derniers.

La volonté croissante des pays de l’AES et de se détacher du Franc CFA est motivée par une recherche d’autonomie économique et une affirmation de leur souveraineté totale. C’est de pouvoir avancer sans être obligés de passer par la Banque de France. Les dynamiques géopolitiques actuelles, notamment la montée des sentiments anticolonialistes et le désir d’intégration régionale, alimentent cette aspiration vers une monnaie unique. La forte envie d’évoluer sans entraves et en toute liberté de manœuvre dans un monde global va pousser ces Etats de l’AES à clore l’aventure néfaste du  Franc CFA.

Pourquoi la Création d’une Monnaie Unique :

L’initiative de créer une monnaie unique par l’Alliance des États du Sahel (AES) découle d’une mosaïque de raisons économiques, politiques et symboliques. Cette démarche, bien plus qu’une simple réforme monétaire, est le reflet d’une quête d’indépendance et d’intégration régionale. La décision de rompre avec le Franc CFA est un acte POLITIQUE d’affirmation de LEUR souveraineté, libérant ces États de l’emprise monétaire héritée du colonialisme et favorisant une émergence pacifique dans un monde globalisé.

La monnaie unique offrirait aux États membres un contrôle accru sur leurs politiques monétaires, un élément crucial pour la stabilité et la croissance économique. Une monnaie unique faciliterait aussi les échanges commerciaux intra-régionaux, éliminant les coûts et les complexités liés à la conversion monétaire. Les échanges entre les pays utilisant le Franc CFA représentent moins d’1% des échanges avec la France, situation imposée à dessein pour empêcher toute émergence des anciennes colonies françaises. Cette monnaie constituerait un pilier pour l’intégration économique, renforçant les liens entre les États membres, œuvrant pour une intégration commerciale et créant un bloc économique plus cohérent avec du travail pour une jeunesse en manque de débouchés.

Une monnaie unique, gérée collectivement, pourrait offrir une plus grande résilience face aux turbulences des marchés financiers internationaux. Plutôt que de rester à la merci du Trésor et des Politiques français qui peuvent décider à tout moment de dévaluer car leur économie est en difficulté… malgré la soi-disant garantie de l’Etat français ! La proposition d’établir un fonds de stabilisation et une banque d’investissement régionale vise à renforcer la capacité des États membres à faire face aux chocs économiques. C’est la voie sine-qua-non de la réussite de cette démarche pour une souveraineté totale. Couvrir tous les volets et rechercher les voies et moyens d’être influents et d’agrandir cette influence à travers l’Afrique.

Quels Défis et Considérations dans l’Établissement de cette Monnaie Unique :

L’ambition des pays de l’AES de mettre en place une monnaie unique est un projet d’envergure qui, bien qu’aspirant à transformer la dynamique économique de la région, est semé d’obstacles et d’interrogations. Cette entreprise requiert une analyse approfondie des défis techniques, institutionnels et sociopolitiques.

La première pierre angulaire de ce projet est le consensus politique entre les États membres. Cela implique une coordination étroite et des concessions mutuelles sur des questions clés comme la politique monétaire et fiscale. Les disparités économiques entre les États membres, telles que les différences de PIB, de taux d’inflation et de niveaux de dette, posent des défis pour une politique monétaire uniforme. A ce titre, les experts en la matière devront se creuser la tête et secouer leurs méninges pour trouver le modus-opérandi adéquat afin de ramener tous les participants à cette monnaie à un point commun de départ.

La création d’une banque centrale régionale est un défi majeur. Cette institution devra gérer la politique monétaire, superviser les systèmes de paiement et garantir la stabilité financière. Un cadre juridique solide est nécessaire pour définir les rôles et responsabilités de la nouvelle entité monétaire, ainsi que pour réguler les institutions financières au sein de l’union. Informer et éduquer la population sur les avantages et les implications d’une monnaie unique est crucial pour sa réussite. Cela nécessite une campagne de communication efficace pour surmonter les réticences et les inquiétudes, même si de nos jours la saignée est tellement visible que personne d’honnête ne peut se démarquer de cette volonté de détachement du Franc CFA !

La transition vers une nouvelle monnaie aura un impact direct sur la vie quotidienne des citoyens. Il est essentiel de prévoir des mécanismes pour atténuer les perturbations et accompagner les populations dans cette transition.

Stabilité et Sécurité Régionales

La situation politique instable dans certains États membres, notamment les régimes civils dits démocratiques et les tensions que ces régimes ont engendré à cause de leur désir de conservation du pouvoir par tous les moyens, pourrait entraver la coopération et la mise en œuvre de la monnaie unique.

Les questions de sécurité, particulièrement pertinentes dans la région du Sahel, doivent être prises en compte. La stabilité sécuritaire est un pré-requis pour une intégration économique réussie. De nos jours, seuls les régimes forts pourront installer des institutions fortes à même de mener cette lutte pour « une nouvelle indépendance » monétaire tant attendue. Pour éviter tout retour à la situation ante, les militaires devront conduire le processus régulateur à son terme !!!

La création d’une monnaie unique aura des répercussions sur les relations avec d’autres blocs économiques et institutions financières internationales. La gestion de ces relations est cruciale pour assurer le soutien et la reconnaissance internationale. Riches de notre sous-sol, nous devons instaurer une gouvernance sérieuse et responsable pour créer des emplois, développer des industries compétitives et inventer un futur adéquat pour le bien de toutes les générations.

La dépendance des États de l’AES aux marchés et aux importations internationales constitue un défi dans la transition vers une monnaie unique, qui pourrait influencer la balance commerciale et les réserves de change. Cependant, sans occulter toutes les contraintes et restrictions qui jonchent cette entreprise, il nous faudra avoir le courage politique pour nous engager et prendre les décisions idoines qui pourront nous permettre de franchir les obstacles qui ne manqueront pas de se présenter ça et là.

Perspectives et Visions d’Avenir :

La perspective de création d’une monnaie unique par l’Alliance des États du Sahel (AES) soulève un éventail de possibilités et de défis pour l’avenir de la région. Cette section se penche sur les attentes, les implications potentielles, et les questions non résolues qui façonnent la trajectoire future de ce projet ambitieux.

L’examen des progrès actuels, y compris la formation de comités d’experts et les premiers accords intergouvernementaux, offre une vue d’ensemble de l’état d’avancement du projet. L’accord politique signé par les trois (3) Chefs d’Etats, le document final de la rencontre des MAEC des trois (3) Etats et les différentes rencontres des techniciens en vue de tracer une feuille de route pour cette démarche nouvelle. Toute cette démarche facilitera la prise essentielle et impérative de LA DECISION POLITIQUE.

Les opinions d’économistes, de politologues et d’autres experts fournissent un éclairage sur les défis rencontrés et les stratégies potentielles pour avancer. Tous se disent très confiants pour cette nouvelle monnaie, même si les détracteurs font feu de tous bois en vue de décourager et de tuer cette aventure dans l’œuf ! La création d’une monnaie souveraine, la diversification des partenariats commerciaux, et la relocalisation des réserves financières sont essentielles pour une indépendance économique.

L’adoption d’une monnaie unique pourrait modifier profondément le paysage économique de la région, influençant le commerce, l’investissement et la croissance. Cette initiative peut redessiner les relations régionales et internationales, notamment en réduisant la dépendance vis-à-vis de l’influence extérieure et en renforçant l’autonomie des États membres.

Pour Conclure

La démarche de l’Alliance des États du Sahel (AES) vers l’établissement d’une monnaie unique représente un chapitre crucial dans l’histoire économique et politique de l’Afrique de l’Ouest. Cette initiative, au-delà de ses implications monétaires, est un symbole puissant de l’aspiration à l’autonomie, à la souveraineté et à l’intégration régionale. C’est un projet transformateur, promettant de remodeler les relations économiques et politiques tant au niveau régional qu’international. Le poids économique des Etats de l’AES sera basé sur leurs réserves immenses en matières premières, la jeunesse et la hardiesse de sa population…

En se dégageant de l’emprise du Franc CFA et de la France, les États de l’AES ouvrent la voie à une plus grande maîtrise de leur destin économique, conduisant potentiellement à une stabilité et une prospérité accrues. Une réorientation économique est cependant impérative, remettant en question l’adhésion à des institutions sous influence française et explorant de nouvelles alliances et partenariats équitables/gagnant-gagnant. La création d’une monnaie souveraine, la diversification des partenariats commerciaux, et la relocalisation des réserves financières sont essentielles pour une indépendance économique.

Les défis politiques, économiques et institutionnels soulignés tout au long de cet article nécessitent une approche délicate et stratégique pour leur résolution. Le succès de cette entreprise dépend de la solidarité, de la coopération et de la détermination des États membres de l’AES à travailler ensemble vers un objectif commun. L’exploitation responsable des ressources naturelles doit jouer un rôle clé dans cette transformation. Il s’agit d’une opportunité, mais aussi d’un défi, nécessitant une gouvernance éthique et transparente. Les partenariats avec des pays et des entités étrangères doivent être basés sur le respect mutuel et la recherche d’un développement durable.

Alors que nous observons l’évolution de ce projet ambitieux, il est clair que son issue aura un impact profond sur le cours de l’intégration économique et de l’indépendance en Afrique de l’Ouest. Cette initiative invite à un engagement continu des acteurs régionaux et internationaux, des chercheurs, des décideurs et des citoyens, pour accompagner et façonner l’avenir de cette entreprise régionale. La transparence dans la gestion des finances publiques, accompagnée d’un engagement ferme en faveur de la mobilisation des ressources internes passant par la lutte contre la corruption, constituera une étape fondamentale vers la restauration de cette confiance.

A terme, l’établissement d’une monnaie unique par les pays de l’AES est un pas audacieux vers un avenir où l’autonomie économique et la coopération régionale sont les piliers d’une région résiliente et prospère. C’est une aventure semée d’incertitudes, mais aussi riche de promesses, qui requiert une attention soutenue et une participation active de toutes les parties prenantes pour se concrétiser pleinement. Notre dynamique d’aujourd’hui se devra de transcender les frontières nationales, faisant écho aux aspirations de l’AES, du Sahel et du continent africain comme un ensemble œuvrant dans la même direction.

Exploitons la vigueur de notre jeunesse, la sagesse de nos aînés et la solidarité de nos communautés pour créer un avenir rempli d’espoir, de dignité et de prospérité. Tous ensembles, de toutes les contrées des pays de l’AES, du Sahel et du continent africain, embarquons-nous dans ce voyage de transformation avec audace et un engagement résolu pour ouvrir la voie à une nouvelle aube chargée de progrès, de stabilité, de paix et de développement.

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