Réflexion (Part 3 Coopération…)

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  1. Appui / Coopération / Gouvernance.

Une fois (ou même simultanément) que les bases sont jetées, que les soldats sont conduits par un encadrement efficace et que nos Forces sont « lâchées » pour faire le travail pour lequel elles sont recrutées, nous aurons besoins d’appuis en renseignements (tactique, opératif, stratégique) et en équipements (de qualité) de la part des puissances étrangères qui souhaitent coopérer avec nous dans cette lutte contre l’obscurantisme.

Occupation du terrain et interopérabilité des FDS…

Via la délégation des pouvoirs à des entités plus larges et plus autonomes implantées sur le territoire national. Cela implique une fusion des structures existantes pour aboutir à la création de grands regroupements composites et sous commandements unifiés, disposant d’EM et de logistiques indépendants.

Les différents états-majors devraient se réunir pour une planification sérieuse afin de proposer un plan d’ensemble de répartition des missions et des zones de contrôle. Déterminer également les moyens à mettre en œuvre ainsi que les effectifs nécessaires pour des rotations appropriées.

La mutualisation des Forces implique une nécessaire coordination aux niveaux stratégique et opératif, elle se devra d’être interne et externe : A l’interne au sein de nos FDS afin de déterminer et d’attribuer des zones d’Operations à chaque entité et de mettre en place les moyens qui conviennent, prendre les dispositions pour rester en contact et se soutenir mutuellement.

A l’externe avec nos pays voisins et amis, notamment le Mali, le Burkina Faso, l’Algérie, pour mener des opérations de grandes envergures, conjointes et très ciblées car aucun pays ne pourra vaincre tout seul ce phénomène. Au niveau de chaque camp, il faudra partager les renseignements, planifier les opérations et savoir en temps réel ce que chaque composante est en train de faire.

Dans cette planification opérationnelle, il sera important de prendre en compte, entre autres :

  • La structure de nos forces et leurs implantations sur le territoire national qui sont à revoir pour une réactivité optimum. En effet, les positions et autres zones reçues du colon ne répondent plus aux exigences sécuritaires de nos jours. Une restructuration et une redistribution des missions s’imposent pour obtenir une efficacité optimum.
  • Les besoins immédiats et à venir en hommes/équipements en se posant et en répondant aux questions essentielles à savoir :  de quoi avons-nous besoin dans l’immédiat et de quelles forces devrons nous disposer dans les dix/quinze années à venir ?
  • Des zones/places fortes sont à mettre en œuvre du niveau Régiments autonomes avec des Bataillons qui gravitent autour et qui sont prêts à intervenir au profit les uns des autres. D’où la nécessité de procéder à des recrutements massifs ;
  • Les intervalles, entre les différentes zones/places fortes, doivent être continuellement sous surveillance avec des patrouilles permanentes, des survols aléatoires et des restrictions ciblées de mouvements ;
  • Les actions surprises des Forces Spéciales, avec un ciblage précis et partout où cela s’avèrera nécessaire. Ces FS devront apporter essentiellement de la réactivité et pouvoir frapper par surprise et selon un ciblage de qualité et à haute valeur ajoutée ;
  • Les contrôles des villes et villages importants des zones où pullulent les terroristes. Dans le cadre de la recherche et l’exploitation des renseignements, les Forces de Police et de Gendarmerie devront effectuer un maillage correct et le plus large possible dans les villes et les villages selon les procédures appropriées.

La nécessité d’une présence des Forces Etrangères

Le couplage aux puissances militaires occidentales est primordial pour l’instant, même s’il va se révéler extrêmement périlleux pour le long terme. La fracture doctrinale et stratégique est grande entre nos deux mondes et le fossé ne fait que s’agrandir tout en supprimant plusieurs points d’intérêts communs.

A la puissance des Armées occidentales, efficaces sur toute la profondeur du théâtre stratégique mondial, se dévoile l’impuissance de nos Armées à faire face aux défis sécuritaires qui les assaillent, faute de doctrines ou de procédures opérationnelles propres et adaptées à notre pays.

Soyons honnêtes et acceptons notre incapacité actuelle mais temporaire (provisoire ?!)  à venir à bout de la menace djihado-terroriste, prenons sur nous pour demander et/ou accepter que des Forces Extérieures (FE) nous apportent leur aide en attendant de nous réorganiser pour reprendre la lutte à notre compte.

Ces forces étrangères seront en appui et en totale immersion dans nos forces Armées. Elles conduiront des opérations en collaboration étroite avec nos FDS, c-à-d. qu’aucun engagement tactique ne se fera sans l’approbation des Commandants de théâtre et aucune action air-sol ne devra se faire sans accord des opérations de la zone concernée.

Pour l’instant, nos besoins se limiteront aux renseignements stratégiques et tactiques, aux appuis divers en équipements, aux appuis air-sol, aux interventions des Forces Spéciales en immersion totale avec nos Forces et sans trop casser leur structure et règles d’engagements propres.

La présence massive, donc très visible, sur le terrain n’est pas une option viable pour plusieurs raisons :

  • La durée : car toute force qui s’installe sur un territoire sera tentée de s’éterniser sur ce territoire, difficilement elle s’en est allée dans tous les exemples historiques ;
  • Les pertes en vies humaines : qui surviendront certainement soit par accident ou par les effets des affrontements. Tôt ou tard on nous servira cette notion de « sacrifices », comme au Mali, pour ensuite nous traiter d’irrespectueux et d’égoïstes ;
  • Le rejet des populations qui vont subir les exactions de ces FE (champs occupés, mouvements entravés …) et qui seront victimes des « terroristes » malgré la présence de ces FE ;
  • L’opérationnel sera confronté aux obstacles suivants :
  • La place du Commandant de la FE vis-à-vis de la chaine de commandement locale. Généralement, il veut se situer au niveau de nos politiques (stratégique) alors même qu’il est censé être au mieux au niveau opératif ;
  • Les FE n’agissent pas en coopération avec nos Forces locales et sont totalement libres de leurs actions qui jurent d’avec nos objectifs. Nos autorités militaires n’ont aucune idée des mouvements de ces FE et ne peuvent en aucun cas les actionner ;
  • Les règles d’engagement sont différentes : alors que nous exigeons une réaction rapide, les FE prennent des délais importants avant d’engager l’ennemi, la priorité étant la protection de l’homme pour éviter des pertes en vies humaines

Cependant, des Forces de faibles volumes, mais qui constituent des multiplicateurs de puissance pour nos propres éléments, restent une option envisageable car peu visibles et moins encombrantes. Il s’agit des Forces Spéciales, complètement intégrées et sous commandement local même si elles maintiennent, presque intacte, leurs structures et règles d’engagement.

Des règles claires et précises devront être édictées concernant la présence et l’utilisation de ces troupes étrangères sur notre territoire. Entre autres, les mouvements stratégiques avec l’impérieuse caution politique, tandis qu’aux niveaux opératif et tactique l’accord du Chef militaire sera requis.

 Mais, compte tenu des observations terrains et de l’état général de nos Forces, il serait hasardeux de se départir d’un appui de l’extérieur. Cet appui se doit d’être en convergence avec nos besoins donc totalement ou partiellement contrôler par nous.

Des déclarations iréniques nous montrent à souhait que les autorités françaises s’éloignent très souvent de la vérité ou sont doublement hypocrites dans la prise en compte de la situation sécuritaire de ce qu’elles considèrent comme leur « pré-carré ».

D’une part, elles savent que l’avenir de France réside dans les matières premières de l’Afrique mais elles le réfutent. D’autre part, elles sont parfaitement conscientes que tout euro dépensé en Afrique est (ou sera) récupéré d’une manière ou d’une autre au niveau des pays bénéficiaires de ces opérations, donc le discours désintéressé ou amical n’est que du « charlatanisme » qui ne dit pas son nom.

Comme beaucoup l’ont déjà proposé, il est nécessaire de mettre en place un conseil de sécurité national avec des compétences civilo-militaires transversales pour prendre en charge les questions sécuritaires concernant notre pays ainsi que chaque région du Niger avec ses spécificités.

Une certaine hauteur de vue est nécessaire pour affronter cette situation car le débat stratégique dans notre pays est faible voire inexistant par manque de structures nationales dédiées à cet enseignement militaire supérieur qui le favorise et l’entretient[1].

En mutualisant les forces et les efforts des différentes entités militaires, notre pays verra émerger une culture stratégique, rendant possible l’enrichissement continu de la pensée militaire par le débat doctrinal et stratégique, ainsi que des forces de proposition et d’action capables de sortir nos FDS de la posture d’assistées incapables d’avoir leur destin en mains.


[1] Le Niger avec son nouveau centre CNES et la nouvelle école de guerre est sur la bonne lancée.

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