REFLEXION … (Part 2 : Reconstruction)

  1. Reconstruction, une action urgente mais de longue haleine.

Au niveau actuel, et à la vue de l’évolution de la situation sur le terrain, il est indispensable de reconnaitre que nous avons été débordés de toutes parts et d’accepter l’incapacité de nos Forces à faire face, toutes seules et en l’état, à cette nouvelle menace de manière organisée.

D’où l’impérieuse nécessité de se réorganiser, de mutualiser nos effectifs, nos moyens et de demander le soutien des puissances amies pour reprendre l’initiative et passer à l’offensive. C’est d’abord un effort interne qui doit se faire avec une cohérence dans la réflexion et l’action avant de se tourner vers l’extérieur.

  1. Recrutement :

Le Niger dispose d’un système propre et très performant de recrutement. Ce système prend en compte les compositions et la répartition ethnique, il suffirait de le mettre à jour et de l’appliquer avec rigueur pour que le Niger dispose d’une Armée réellement Nationale. Cette démarche est aussi applicable à toutes les autres Forces de Défense et de Sécurité.

Des critères additionnels seront à prendre en compte, à savoir :

  • Recruter la tranche d’âge normale qui est sensée servir sous le drapeau. Une jeunesse responsable, jalouse de la souveraineté du pays et prête au sacrifice suprême, pourvu qu’on lui en donne les moyens et l’occasion ;
  • Respecter les quotas destinés à toutes les subdivisions ethniques pour une représentation équitable et assumée des jeunes nigériennes et nigériens sous le drapeau. Chaque composante ethnique est sensée être représentée et se doit de participer à la défense nationale ;
  • Rechercher les jeunes hommes ayant la vocation des métiers des armes et l’amour du pays, cela veut dire d’éviter le recrutement de complaisance et celui des bandits notoires pour une soi-disant correction ;
  • Renforcer les structures de protection et d’accompagnement des militaires et de leurs familles avant, pendant et après les engagements difficiles, le moral de ceux qui donnent leur vie ;
  • Instaurer le service militaire obligatoire et mettre en œuvre un système de réservistes qui pourra faciliter une montée en puissance et une occupation du territoire pour apporter un plus dans la défense de notre intégrité territoriale.
  • Formation :

Nos Armées africaines, qui sont issues de la colonisation, ont du mal à se défaire du cordon ombilical et elles peinent à se frayer leurs propres chemins. Elles continuent à s’accommoder des modèles et systèmes d’un autre âge. Dans le contexte actuel, marqué par l’apparition soudaine de nouvelles formes de menaces, ces Armées se retrouvent désarmées entre des modèles désuets auxquels elles aspiraient et des réalités du terrain dont elles n’ont pas su rester proches.

L’éducation à la base est la panacée à toute évolution. Il est impératif que nos Etats consolident cette base sans laquelle rien ne sera possible. Si cette éducation est consolidée à la base, on peut alors continuer son amélioration dans les secteurs de performances comme la formation militaire (et pas seulement !). Cette formation militaire constituera sans équivoque la base de notre liberté future de manœuvres.

Il est donc nécessaire, voire impératif, de repenser notre formation militaire après plus d’un demi-siècle d’indépendance. Et, à partir de cette nécessité, redonner à l’homme la place centrale qui est la sienne dans les affaires militaires. Il s’agira d’un défi existentiel consistant à inventer ou à périr et portant sur une refonte de la formation militaire en général et plus particulièrement de l’enseignement militaire supérieur[1] qui formera la matrice d’une Elite militaire capable de prendre toute la mesure de sa responsabilité face aux défis nouveaux.

Nos FDS, à un moment donné (et il ne faut pas se le cacher), ont été gangrenées par les paradoxes, les incohérences diverses, les fractures de tous genres, une image peu reluisante en définitive vis-à-vis de l’extérieur. Il est à présent impératif de « se structurer, penser et agir autrement », l’outil efficace étant incontestablement le soldat bien formé, réactif, capable d’adaptation, d’anticipation et d’ingéniosités, tout comme l’ennemi nouveau qui devient diffus, fuyant, insaisissable, polymorphe et asymétrique.

Les exigences nouvelles sont, d’abord l’adaptation de la formation puis l’investissement spécifique dans l’enseignement militaire supérieur. Totalement coupées de la réflexion stratégique et du débat portant sur la doctrine militaire locale, nos élites militaires se sont contentées (et se contentent toujours à ma connaissance) de s’abreuver à la source des modèles importés qui restent inadaptés aux réalités de notre pays.

C’est cette posture qui a abouti aujourd’hui à des FDS insuffisamment outillées face aux exigences de leurs propres réalités où les nombreux défis assaillent le quotidien des populations : on est passé des mutineries aux rebellions, aux conflits sociaux et parfois aux refus de combattre ou, pire encore, la fuite devant l’ennemi. L’enseignement militaire supérieur est le facteur qui pourra apporter une haute valeur ajoutée à nos armées, c’est la clef de voûte du système global de la formation militaire.

Ainsi, les nouvelles élites militaires n’auront aucune excuse pour s’esquiver face aux nombreux défis qui voient le jour et la lourde responsabilité d’assumer l’avenir sécuritaire de notre pays. Il est grand temps pour elles d’engager la courageuse appropriation du débat doctrinal et stratégique sur les défis sécuritaires nouveaux afin d’y apporter des réponses durables.

  1. Entrainements :

La peur déraisonnée du coup d’état ne devrait pas constituer un obstacle visant à empêcher nos hommes de s’entrainer. On peut donner un hélicoptère de combat à chacun des soldats nigériens, tant qu’ils ne s’entrainent pas à leur maniement et utilisation, ils seront inopérants et fuiront irréfutablement devant l’ennemi.

La menace étant changeante, la formation et l’entrainement doivent aussi changer pour être au diapason. Cependant, pour rendre cet entrainement efficace, il est impératif de revoir certains aspects concrets qui freinent l’opérationnalisation de nos entités militaires.

  • Les TED (Tableau d’Effectif et de Dotation) de nos FDS doivent être mis à jour pour un contrôle réel et régulier des roulements et des moyens afin de pouvoir répondre aux menaces nouvelles ;
  • Les Forces se doivent de maitriser l’ensemble de leur structure organisationnelle, de leur orientation mais surtout de leur aptitude à s’adapter aux situations fluctuantes de notre nouvel environnement sécuritaire ;
  • Les entrainements doivent concerner l’ensemble des Forces, aussi bien les Soldats, les Sous-Officiers que les Officiers avec les matériels et armements en dotation ;
  • Les Forces devront être drillées continuellement en matière de mouvements, de tirs, de ripostes et d’extractions de blessés, toutes les actions auxquelles elles seront amenées à réagir ;
  • Les règles d’engagement recalibrées au niveau minimum des compagnies de combat, entités autonomes et capables de tenir un engagement jusqu’à l’intervention de l’appui aérien ou jusqu’à l’arrivée des renforts ;
  • Les différents aspects des engagements antiterroristes ou guerres asymétriques enseignés et vulgarisés autant au niveau des Forces Spéciales qu’au niveau des unités régulières.

Avec des soldats confiants, motivés, ayant bénéficié d’une formation adéquate et astreints aux entrainements constants en adéquation avec la menace, nous pourrons dans un proche avenir changer la donne, prendre l’initiative et nous passer d’un apport extérieur. Tel doit être notre effet final recherché.


[1] On assiste à une timide mise en place d’entités dédiées à la formation militaire supérieure.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut